Le coût réel d'une formation d'ingénieur en France......

 
« .... c'est 15 000 euros par an » (Jean-Pierre Trotignon, réseau « n+i »)

« La plus-value de l'offre [des écoles d'ingénieurs françaises à l'international], c'est une expérience culturelle, une façon de penser et de travailler. Les entreprises souhaitent que nous ayons cette démarche, car elles veulent des diplômés parlant anglais mais qui connaissent aussi la langue française et la culture. C'est un cran au-dessus de l'offre classique à l'international », explique à AEF Jean-Pierre Trotignon, directeur exécutif du réseau d'écoles d'ingénieurs « n+i », qui a pour fonction de recruter des étudiants étrangers pour le compte de 70 grandes écoles d'ingénieurs depuis 12 ans. « Notre démarche est exigeante. Nous expliquons aussi aux candidats que le coût réel d'une formation d'ingénieur en France, c'est 15 000 euros par an, donc 30 000 sur deux ans. La différence avec les autres pays, c'est que chaque étudiant est aidé par l'État français, qui prend à sa charge 95 % des coûts… » Jean-Pierre Trotignon revient également sur le programme « Entrepreneurs en Afrique », qui a déjà permis de créer une centaine d'emplois locaux avec l'appui technique des écoles d'ingénieurs du réseau.

AEF : Quel est le rôle du réseau « n+i », dont le « n » signifie « formation nationale normale » et le « i », « formation internationale » ?

Jean-Pierre Trotignon : Le réseau n+i est né à la suite d'une enquête, réalisée par la Cdefi à la demande du MESR, en 1996, sur l'accueil des étudiants étrangers dans les écoles d'ingénieurs françaises. Cette enquête avait débouché sur des recommandations, qui consistaient à dire que les écoles devaient mieux prendre en compte les différences culturelles et méthodologiques des étudiants étrangers, autant que les différences linguistiques. Un programme d'expérimentation a été lancé avec les Anglais, qui a débouché sur le recrutement d'une douzaine d'étudiants britanniques par les écoles d'ingénieurs participantes. Puis le programme s'est développé. L'idée est de proposer un « package » de services, que nous appelons le « parcours réussite n+i », aux étudiants étrangers. Il comprend une assistance personnalisée (accueil, transport, ouverture de comptes, assurances, etc.), une intégration linguistique (avec des cours de FLE et des compléments culturels) et une intégration méthodologique (une première semaine de cours thématiques et sur-mesure, dans des classes d'étrangers), pour un total de 7 000 euros.

AEF : Comment s'organise la structure « n+i » et comment recrutez-vous ?

Jean-Pierre Trotignon : Aujourd'hui, le réseau compte cinq permanents, trois représentants à l'étranger et des correspondants dans les 70 écoles membres (1). Les candidats étrangers de niveau bachelor doivent déposer un dossier sur notre site (notes sur quatre ans, lettres de recommandation et documents à remplir). L'année dernière, nous avons décompté 6 000 dossiers déposés, provenant d'une centaine de pays. Nous procédons à une première validation d'environ 1 000 dossiers. Les écoles d'ingénieurs ont accès à ces dossiers et font des offres aux étudiants. En 2011, 600 étudiants ont reçu une offre. Le candidat classe ses offres par ordre de préférence, et dans 95 % des cas, ils obtiennent leur premier choix. Mais au final, seulement 220 élèves étrangers arrivent effectivement dans les écoles. La principale raison des désistements étant le manque d'argent… Nous dépensons beaucoup d'énergie auprès des entreprises pour aider ces candidats, car nous avons la capacité de les accueillir ! Il faut développer les bourses.

AEF : Vous insistez beaucoup sur le volet culturel des études d'ingénieurs en France. Pourquoi ?

Jean-Pierre Trotignon : Nous voulons montrer aux étudiants que si l'anglais est un pré-requis, chez nous, nous offrons des formations en français. C'est la plus-value de notre offre : une expérience culturelle, une façon de penser et de travailler, etc. Les entreprises souhaitent que nous ayons cette démarche, car elles veulent des diplômés parlant anglais mais qui connaissent aussi la langue française et la culture. C'est un cran au-dessus de l'offre classique à l'international. Car un cours de mécanique des fluides, cela reste un cours de mécanique des fluides, et c'est le même dans toutes les bonnes universités…

AEF : Ne craignez-vous pas de vous couper de certains étudiants étrangers ?

Jean-Pierre Trotignon : C'est notre démarche, il est vrai qu'elle est exigeante. Nous expliquons aussi aux candidats que le coût réel d'une formation d'ingénieur en France, c'est 15 000 euros par an, donc 30 000 sur deux ans. La différence avec les autres pays, c'est que chaque étudiant est aidé par l'État français, qui prend à sa charge 95 % des coûts. Ils n'ont donc plus qu'à payer environ 1 000 euros par an…

AEF : Quel est votre lien avec CampusFrance, dont vous partagez l'adresse parisienne ?

Jean-Pierre Trotignon : De 2000 à 2008, nous avons été gérés comme un programme spécifique de EduFrance, puis de CampusFrance. Nous n'avions pas de structure administrative en propre. D'ailleurs, le programme « n+i » a servi de modèle pour d'autres domaines de l'enseignement supérieur (les écoles de commerce, les disciplines artistiques, les départements de mathématiques…). On a créé EduDroit, EduArt, EduHumanités, etc. Mais avec le temps, seul EduArt a subsisté. En 2008, nous nous sommes séparés de CampusFrance en devenant une association indépendante. Nous sous-louons un étage dans leur immeuble, et nous conservons de très bons rapports avec eux, mais nous n'avons plus de liens institutionnels ou financiers. En revanche, nous avons un bébé en commun : le programme « Entrepreneurs en Afrique ».

AEF : En quoi consiste ce programme, « Entrepreneurs en Afrique » ?

Jean-Pierre Trotignon : Il est né d'un constat, à savoir que l'approche des établissements français vis-à-vis de l'enseignement supérieur en Afrique reste toujours très conformiste, sous la forme de coopérations universitaires classiques. Il manque une dimension entrepreneuriale. Du coup, la plupart des diplômés restent en France et le développement du pays d'origine en souffre. Nous avons donc conçu un dispositif dans lequel, lorsqu'un entrepreneur local, qu'il soit étudiant, jeune diplômé ou autre, a une idée, les écoles d'ingénieurs volontaires lui viennent en appui en réalisant le dossier technique du produit ou du service en question, ce qui crédibilise le projet aux yeux des banques. C'est une sorte de label qualité, qui valide l'aspect technique d'un projet de création d'entreprise. L'école fait travailler ses étudiants par petits groupes sur le sujet, pendant neuf mois.

AEF : Et quels en sont les premiers résultats ?

Jean-Pierre Trotignon : Nous croulons sous les demandes ! Nous comptons 25 projets accompagnés par les écoles d'ingénieurs, 6 entreprises créées ou en cours de création en Afrique,
une quinzaine d'emplois créés par entreprise, 4 entrepreneurs bénéficiaires du dispositif de prêt d'honneur que nous avons contribué à lancer, et environ 200 demandes d'accompagnement reçues par semestre. Nous n'avons pas soutenu autant de projets que nous le pouvions dès le début, en 2009, car nous voulons être jugés au nombre d'emplois créés, donc nous ne nous engageons que sur des projets qui ont de véritables chances de réussir. En 2011, il y a eu la construction d'une entité de fabrication de confiture au Togo. Nous travaillons aussi sur un concept de « box » dédiée aux microentreprises au Burkina-Faso, sur un projet de microturbines hydroliennes ou encore sur un centre de dialyse au Congo-Brazzaville. Le programme est géré par CampusFrance et co-financé par les écoles (via l'utilisation de matériel, de laboratoires, de ressources humaines, etc., soit l'équivalent de 2,5 millions d'euros), et par une subvention du ministère en charge du développement solidaire (en l'occurrence, le ministère de l'Intérieur) de la même somme, qui court jusqu'en 2013. Nous cherchons maintenant à pérenniser le programme, grâce à des financements privés et publics.

Source: 
http://www.nplusi.com/
 
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